Entrepreneurs les journalistes?

ShareThisCertaines universités américaines souhaitent intégrer une forme plus entrepreneuriale du journalisme dans leur cursus.

Des enseignants semblent en effet déterminés à résoudre une question morale : comment former de futurs journalistes alors que les entreprises de presse menacent de s'effondrer, partout aux États-Unis? Il suffit peut-être, tout simplement, de repenser la profession et ses liens commerciaux.

Des universités, comme celle de Stanford à New York, ont d'ailleurs choisi de prendre les devants, subtilement, en créant des liens entre les programmes de journalisme numérique, de marketing et de développement web. À San Francisco, l'Université Berkerey espère lancer, en 2010, un projet pour permettre à ses étudiants de vivre une expérience quasi quotidienne d'information, sur le web, avec le concours de la radio.

Le journaliste Eric Scherer, d'AFP Media Watch, avance qu'il faut peut-être indiquer aux aspirants qu'ils doivent renoncer à leurs rêves d'éditorialistes de grands quotidiens et songer plutôt à créer leur propre média.

Cette réflexion, dans les cercles académiques, vient rejoindre les préoccupations de nombre de journalistes indépendants qui sont leur propre patron et qui transigent comme travailleurs autonomes, auprès de clients, comme fournisseurs de contenu. Concrètement et fiscalement, les pigistes sont des entrepreneurs d'entreprise de petite taille.

Le concept suscite toutefois des préoccupations éthiques liées au développement du lien entre la profession et l'entrepreneuriat. L'idée n'est donc pas tant de verser dans une capitalisation du métier, ou de travestir la nature du travail, mais plutôt de miser sur une nouvelle conception des relations entre le journaliste et les entreprises de presse.

Force est de constater par ailleurs que la mouvance du métier tend dans cette direction, c'est-à-dire vers le développement d'une indépendance des travailleurs par rapport à l'entreprise de presse. Les journalistes qui sauront s'ajuster à la demande et qui compteront sur des atouts variés, en combinant les plates-formes, en sortiront gagnants.

Commentaires

Très intéressant et à la fois un peu inquiétant, non? Ce matin (27 octobre), dans Le Devoir, Stéphane Baillargeon regarde lui aussi dans cette direction. Sur un mode réflexif, il examine un modèle où les journalistes québécois deviendraient, à la manière de Dominique Arpin, des petites entreprises de presse. Selon lui, dans leur production « multiplateforme », Patrick Lagacé et Richard Martineau empruntent également cette voie. C’est certes une avenue digne d’être explorée, mais il ne faut pas oublier que, pour le moment au Québec, une telle entreprise repose plus souvent qu’autrement sur la crédibilité d’un journaliste « vedette ». (Denise Gaudreault)
Bon, ça fait glamour le journaliste entrepreneur. Et aux États-Unis, c'est peut-être possible de bien en vivre. Mais au Québec, à 75 à 85 $ le feuillet, faut que t'en pisses de la copie pour payer ton loyer. Oubliez le journalisme en profondeur ! Avec le prix des journaux, qui a toujours été très bas en Amérique du Nord, l'information de qualité est très accessible. J'ai de plus en plus l'impression qu'on s'en va vers deux classes de lecteurs; la masse qui s'informera gratuitement sur Internet et ceux qui auront les moyens de se payer de l'information fiable. Finalement, Internet deviendra-t-il un formidable outil de manipulation des masses par la classe dirigeante ? (Dominique Froment)

Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.

Rédacteur en chef : Anne Caroline Desplanques
Journaliste : Hélène Roulot-Ganzmann
 

   

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