Idée - Le journalisme est mort, vive LES journalismes!
Collaboration spéciale: Marc-François Bernier (Ph. D.), Chaire de recherche en éthique du journalisme, Université d'Ottawa.
Historiquement, les journalistes ont été à la fois les principaux cueilleurs, les premiers trieurs, les meilleurs synthétiseurs et les plus grands diffuseurs de l’information destinée au public. Ce rôle démocratique fondamental, le journalisme traditionnel en a perdu l'exclusivité. Plusieurs pensent même qu'il l'a négligé pour des raisons commerciales. Mais d'autres journalismes sont en voie de prendre la relève. Le journalisme est mort. Vive les journalismes!
Désormais, dans de nombreux pays démocratiques, ils sont des centaines de millions de citoyens à pouvoir - enfin - alimenter le débat démocratique et influencer l'ordre des choses. Eux dont la parole et les écrits avaient toujours été sinon bannis, du moins largement contrôlés par les professionnels des médias qui ne leur accordaient, ici et là, que quelques lignes dans le journal, quelques minutes à la radio, et toujours sous étroite surveillance.
Si les publics ont longtemps été considérés comme passifs, c'est que cette discrétion leur était imposée par les limites propres aux médias traditionnels, dans les sociétés démocratiques à tout le moins, et par une culture journalistique du magistère qui est désormais destinée à s'étioler à défaut de disparaître.
Les publics ont toujours voulu s'exprimer mais ils ne pouvaient le faire de façon efficace et libre, de façon à avoir une réelle audience. Grâce à Internet, aux réseaux sociaux, aux blogues, à l’interactivité et à la mobilité propres aux médias émergents, aux technologies de l’information et de la communication, on assiste à des transformations profondes du rôle des publics.
Délesté des contraintes d’un ordre médiatique ancien, ils peuvent maintenant s’affirmer, s'exprimer, se coordonner et passer à l’action même. Ils cessent d’êtres consignés aux rôles d’observateurs. Ils deviennent producteurs de contenus médiatiques dont la qualité et la pertinence peuvent souvent se comparer, voire surpasser ce que font des centaines de milliers de journalistes traditionnels.
Ces derniers, souvent désorientés et ébranlés par l’ampleur des changements, cherchent encore à endiguer l’invasion dont ils se sentent victimes. Ils constatent que leur rôle démocratique, autrefois solidement établi, est aujourd’hui partagé, revendiqué par d’autres, parfois contesté par ceux qui doutent de leur contribution au débat démocratique ou encore de leur volonté à servir l'intérêt public. Et de multiples enquêtes nous indiquent qu'ils sont nombreux ceux qui contestent les prétentions démocratiques et de service public du journalisme traditionnel.
À ce journalisme traditionnel représentatif d’une époque maintenant révolue, se greffent de nouvelles formes de journalismes qui cohabitent, se complètent, se concurrencent, se contestent et s’affrontent dans l’espace public.
Ces journalismes ont des origines, des pratiques, des aspirations et des désignations variées et complexes: journalisme civique, journalisme citoyen, journalisme collaboratif, journalisme de réseau, journalisme de combat, journalisme de données probantes, journalisme de source même quand ils sont à l’emploi des organisations et des institutions dont ils font état. Il y aurait - et il y aura - sans doute d’autres journalismes à ajouter à cette liste.
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Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.
Rédacteur en chef :Jean-Philippe Cipriani

