Idée - Le journalisme est mort, vive LES journalismes!
Parmi ces formes de journalismes s'exerce celui du 5e pouvoir, comme le nomme Dan Gillmor, soit le journalisme citoyen qui surveille, critique et corrige le journalisme professionnel ou traditionnel, ce que nous avions nommé métajournalisme dans un essai critique (Les planqués: le journalisme victime des journalistes, VLB, 1995), avant qu'Internet impose son nouveau paradigme de l'interactivité.
Ce que nous révèle cette prolifération des journalismes, c’est que l’information ne sera plus jamais la chasse gardée du journalisme traditionnel.
Au sujet de ce dernier, il existerait au Québec un certain consensus au sein des journalistes à l’emploi de médias traditionnels – mais qui peuvent néanmoins se déployer sur les médias émergents et les réseaux sociaux – à l’effet qu'ils doivent se distinguer de la nébuleuse des communicateurs et journalistes amateurs, citoyens, civiques, institutionnels, etc. Sociologiquement, on pourrait y voir un réflexe typique de protection corporatiste face aux autres journalismes émergents et déstabilisants perçus comme menaçants. Pour ce faire, ils ont recours à la stratégie de la distinction basée sur des facteurs discriminants tels l'éthique et déontologie.
En effet, pour affirmer leurs différences, les journalistes traditionnels, traditionnalistes dans certains cas, insistent sur leur adhésion et leur respect des normes déontologiques et des principes éthiques de leur métier. Ce que ne feraient pas, ou très peu, les autres journalismes, selon eux. Voilà en effet une qualification fondamentale qui influence grandement la démarche journalistique et, en principe, constitue une solide garantie eu égard au droit du public à une information de qualité.
Une deuxième différence pourrait aussi résider dans le fait que les journalistes traditionnels, aspirant au statut de journalistes professionnels, tirent l’essentiel de leurs revenus d'activités journalistiques, tandis que les journalistes émergents seraient surtout bénévoles et agiraient par conviction, par plaisir, par goût. En somme, pour les professionnels, le journalisme serait occupationnel, passionnel pour les autres.
Finalement, les journalistes professionnels auraient la prétention de servir avant tout l'intérêt public par le biais de faits et de commentaires, tandis que les autres journalismes seraient plutôt affairés à la promotion de leurs idées, de leurs convictions, de leurs intérêts, etc.
Cela nous est présenté comme si les journalistes professionnels à l'emploi d'entreprises de presse commerciales avaient en tout temps l'autonomie suffisante ou encore la volonté de s'élever au-dessus des intérêts de leur employeur.
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Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.
Rédacteur en chef :Jean-Philippe Cipriani

