La couverture du Maclean's mériterait un gros zéro
C'est ce qu'on peut lire dans un éditorial de Carole Beaulieu, la rédactrice en chef et éditrice de L'actualité. Pour elle, le magazine Maclean's a fait sienne la maxime «ne laissez pas les faits se mettre en travers d'une bonne histoire» en publiant un dossier fort contesté sur la corruption au Québec.
En annonçant la publication d'une réplique de son chroniqueur-vedette, Jean-François Lisée, dans la prochaine édition de Maclean's, Carole Beaulieu écrit: «Mes professeurs de journalisme de l'Université Carleton - un des bastions de l'orthodoxie et de la rigueur journalistique canadiennes-anglaises - auraient mis un gros zéro au titre de la couverture du dernier Maclean's : "The Most Corrupt Province in Canada".»
Deux unes de Maclean's sur la corruption au Québec :

Le torchon brûle chez Rogers
Cette virulente critique peut paraître surprenante sachant que les deux publications font partie du même groupe de presse, Rogers. Pour le journaliste Pierre Duhamel, qui a lui-même été chroniqueur et blogueur à L'actualité entre 2006 et 2009, en permettant à ses deux magazines de se disputer publiquement, Rogers se sort d'une vilaine situation et en tire même des avantages potentiels au plan affaires.
Sur son blogue, il écrit: «les lecteurs de Maclean's seront curieux d'entendre une réplique provenant du Québec. Après avoir vendu toutes les copies en kiosque de la dernière édition, Maclean's peut s'attendre à un autre coup d'éclat en assurant le suivi de sa propre histoire, pour emprunter les termes du métier. Du côté de L'actualité, les gains sont potentiellement énormes. Son site web sera davantage fréquenté et les ventes du prochain numéro devraient être splendides. Pas mal pour un magazine qui n'est pas directement impliqué dans la polémique».
Cependant, du côté des Éditions Rogers, le président, Brian Segal, précise qu'en aucun cas il n'influence l'orientation éditoriale de ses publications. «Le respect de l'indépendance éditoriale est un élément essentiel de notre philosophie de gestion. Bien que l'application de ce principe nous pose parfois des défis, elle implique que nous n'intervenions pas dans l'orientation éditoriale ou dans le contenu de nos différents titres, de quelque manière que ce soit», déclare-t-il dans un communiqué.
Le milieu journalistique s'insurge
Au-delà des considérations d'affaires soulevées par Pierre Duhamel, la critique de Carole Beaulieu est d'ordre journalistique avant tout et plusieurs autres journalistes ont eux aussi critiqué le travail de Maclean's. Dans le Voir, Josée Legault écrit: «De toute évidence, avec ses unes criardes à la sauce Allô police - version affaires publiques - Maclean's se soucie nettement plus d'augmenter son tirage que le quotient intellectuel de ses lecteurs.»
Pour sa part, The Gazette titre que l'article embarrasse la profession. «Maclean's fait la liste de quelques scandales qui font la manchette dans d'autres provinces et il conclut que puisque plus de cas ont été déterrés aux Québec qu'ailleurs cette province doit être la plus corrompue. Le défaut dans la logique est ici flagrant. La corruption est par définition cachée. Maclean's aurait été plus juste s'il avait appelé le Québec "la province la plus visiblement corrompue" ou, encore mieux, "la province où les journalistes ont le plus de succès pour déterrer la corruption"», écrit l'éditorialiste Henry Aubin.
La Presse, un des quotidiens qui a justement énormément contribué à déterrer les scandales politiques qui font la manchette à l'heure actuelle au Québec, est cependant un des rares à prendre la défense du magazine anglophone. Son éditorialiste en chef, André Pratte, juge en effet que «la une est sensationnaliste, mais le reportage comme tel respecte les règles de l’art. On n’y dit pas que la corruption est exclusive au Québec ni qu’elle est inscrite dans nos gènes. L’auteur, le journaliste Martin Patriquin, souligne que l’histoire politique québécoise est marquée par un nombre de scandales plus élevé que celle du reste du pays; ce fait est indéniable».
Les Éditions Rogers ont exprimé aujourd'hui leurs plus sincères regrets pour toute offense qu'a pu causer la couverture du magazine. Il est cependant trop tard pour éteindre le feu. En effet, le Conseil de Presse du Québec a d'ores et déjà reçu une plainte relativement à ce dossier, a appris ProjetJ.
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Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.
Rédacteur en chef :Jean-Philippe Cipriani

