Les dessous du système Poutine
Étant donné le maigre poids de la presse indépendante sur l’influence politique, les autorités peuvent faire fi de leurs critiques, puisqu’elles ne ressentent pas la pression du public, qui est tout simplement mal informé.
Frédérick Lavoie fait la comparaison avec le premier ministre du Québec Jean Charest qui est sommé de créer une commission d’enquête sur la construction. Bien que celui-ci résiste toujours aux pressions du public et de l’opposition, il ne peut pas les ignorer. «Disons qu’un cas similaire se passerait en Russie, les autorités pourraient juste l'ignorer et ne rien faire puisque la télévision n’en ferait pas état».
Suivre la vague ou aller à contre-courant?
L’incident des deux calendriers offerts par des étudiantes de journalisme à l’occasion de l’anniversaire de Vladimir Poutine, le 7 octobre 2010 – qui correspond également au quatrième anniversaire de la mort d’Anna Politkovskaïa – représente bien les deux idéologies de la pratique journalistique en Russie. Soit on accepte un poste de journaliste sur une chaîne contrôlée par le gouvernement comme n’importe quel autre travail qui permet de bien gagner sa vie, soit on refuse de se soumettre à la propagande et on dénonce les côtés obscurs du pouvoir en acceptant de vivre dans des situations précaires.
À ce sujet, Anne Nivat mentionne dans son livre Les médias en Russie que certaines de ses connaissances du milieu journalistique se justifient d’écrire des articles de complaisance en avouant tout simplement : «Croyez-vous que je puisse nourrir ma famille avec 50 dollars par mois ?» Dans ce genre de situation, il est plutôt difficile de demander à ces journalistes d’être d’une moralité irréprochable.
«En Russie, actuellement, c’est beaucoup plus avantageux d’encenser le pouvoir, car tu as bien plus de chances d’avancement dans ta carrière. Cela dit, d’une certaine façon, tu vends un peu ton âme», observe Frédérick Lavoie. «C’est un peu comme accepter d’être relationniste pour une compagnie de pétrole. Les gens qui acceptent ces boulots-là ne sont pas constamment dans un dilemmeéthique puisque s’ils ont accepté de faire ça, c’est qu’ils pensent que c’est bien».
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.
Rédacteur en chef :Jean-Philippe Cipriani

