Les médias acteurs de la Crise dOctobre

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Collaboration spéciale: Annabelle Nadeau-Gagné

Pendant octobre 1970, les journalistes ont fait la lecture intégrale à l'antenne des communiqués du Front de libération du Québec (FLQ). Aucun traitement de l’information des communiqués n’était effectué. Or, c’était bien le but des militants du FLQ: faire parler d’eux et de leur cause, sans déformation de leur propos. De l’aveu même de l'ancien felquiste, Jacques Lanctôt, l’organisation utilisait les médias pour transmettre son message.

Guy Gendron, journaliste à Radio-Canada, a travaillé pendant six mois à la préparation des deux heures de Tout le monde en parlait sur la Crise d’octobre. Selon lui, «les journalistes ont montré de la sympathie aux terroristes, ils ont fait de l’entrave au travail des policiers, ils ont refusé les mots d’ordre des policiers, ils se sont proposés comme intermédiaire, plutôt que de laisser les politiciens faire leur travail».

Les communiqués, distribués en alternance à CKAC et à CKLM par le FLQ, alimentaient les médias offrant au groupe terroriste une diffusion optimale de ses idées. Cela a également entraîné un emballement médiatique. Le FLQ tenait en effet les journalistes en haleine, si bien qu'à Tout le monde en parlait, Bernard Derome a signalé que c’était sans doute la première fois que se faisait de l’information en continu au Canada.

Ottawa veut contrôler

Guy Lachapelle, politologue et professeur de politique à l’Université Concordia, a écrit un livre sur le rôle du journalLe Devoir et des éditoriaux de son directeur, Claude Ryan, dans la Crise. À ses yeux, Claude Ryan, a été le seul journaliste à tenir le fort et à défendre l’idée d’une solution qui passerait par la négociation. «Selon Ryan, l’autorité politique relevait du gouvernement du Québec. Selon lui, l’État québécois était le seul responsable et ne devait pas demander l’aide d’une armée "étrangère"», explique-t-il.

Toutefois, Claude Ryan était surveillé par Ottawa. Marc Lalonde, chef de cabinet de Pierre Elliott Trudeau à l’époque des événements d’octobre 1970, avait en effet avisé le directeur du Devoir que la loi des mesures de guerre allait être acceptée et lui avait suggéré de surveiller ses écrits. Pour Guy Lachapelle, «il s’agissait de menaces voilées». Ottawa tentait de contrôler les médias.

40 ans plus tard

Aujourd’hui, avec la rapidité de transmission et de diffusion de l’information, avec Internet et les chaînes d’information continue, il est difficile de déterminer quelle stratégie serait adoptée à la fois par les journalistes et les groupes terroristes comme le FLQ. «Un vrai groupe terroriste n’a pas nécessairement besoin de prendre le contrôle des ondes aujourd’hui», souligne le politologue.

De son côté, Guy Gendron estime que «si CKLM et CKAC n’avaient pas joué le jeu de lire textuellement les communiqués et les avaient traités, ça aurait sans doute changé la donne».


Voir aussi: Crise d'Octobre, les journalistes se souviennent

Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.

Rédacteur en chef : Anne Caroline Desplanques
Journaliste : Hélène Roulot-Ganzmann
 

   

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