Mexique: l'hebdo Zeta face aux narcotrafiquants

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Lorsque Zeta a vu le jour, les déclarations officielles dominaient le discours médiatique. Jesus, avec son hebdomadaire, casse ce système en offrant aux lecteurs une alternative, grâce à des idéaux de liberté d’expression et d’indépendance de la presse. Zeta constitue également le premier journal au Mexique qui privilégie un espace considérable à ses lecteurs, reflétant ainsi l’opinion des habitants de la Basse-Californie issus de toutes les tranches de la société, représentant en quelques sortes un ensemble de collaborateurs externes.

La fin de la cohabitation pacifique

Jusqu’au premier meurtre d’un employé de l’hebdomadaire, le fondateur de Zeta, devenu un expert de la mafia mexicaine au fil des années, croyait encore en l’existence d’un code d’honneur entre les journalistes mexicains et les narcotrafiquants.

Ce code a définitivement pris fin lors de l’assassinat du copropriétaire de Zeta, Hector Felix Miranda en avril 1988. Ensuite, un deuxième meurtre s’ajoute au tableau. En 2006, Francisco Ortiz, également employé à Zeta, est abattu par deux hommes masqués membres d’une cellule du cartel en pleine matinée dans sa propre voiture, sous le regard de ses deux enfants alors âgés de 8 et 10 ans.

À la mort du fondateur de Zeta, une journaliste âgée de 40 ans, Adela Navarro Bello, prend la relève. Aujourd’hui, la reporter mexicaine tente encore de lutter contre le cartel Arellano Felix et poursuit sa tâche dans un contexte plus violent que jamais.

Équipée d’un gilet pare-balle fourni par la police fédérale, Adela ne fait confiance à personne. Lors d’une entrevue accordée à Armelle Vincent, elle explique les raisons qui l’ont poussées à refuser les services de deux gardes du corps armés jusqu’aux dents: «Il est presque impossible de leur faire confiance car on ne sait jamais pour qui ils travaillent vraiment».

Malgré les dégâts occasionnés aux locaux de Zeta et les multiples cadavres qui ne cessent de s’entasser dans les rues de Tijuana, la journaliste garde toutefois espoir et rêve que le Mexique retrouve un jour la paix. «Mais il faudrait repartir de zéro. Nettoyer complètement les rangs des différentes polices, changer les politiciens, mettre du sang neuf, reprendre des valeurs de base», suggère-t-elle.

Les habitants de Tijuana continuent d’attendre chaque vendredi la parution du dernier numéro de Zeta, publiant des articles et reportages souvent en contradiction avec les versions officielles. Tant que l’équipe de Zeta poursuivra ses activités grâce à son équipe formée en communication et au soutien de ses lecteurs, l’hebdomadaire ne s’arrêtera pas d’exercer une influence considérable sur la scène politique, économique et sociale en Basse-Californie, malgré les différents obstacles et pressions exercées sur la profession par les cartels mexicains.

«Au début, j'étais angoissé et ma situation me paraissait désespérée. Je sortais en regardant partout et j'attendais l'apparition d'un narco. Mais le soutien de mes docteurs et de plusieurs prêtres m'a changé. Je vis des heures supplémentaires. Aujourd'hui, je sors tranquille. Je n'ai plus peur. Je suis préparé à ce qu'il m'arrive quelque chose, mais dans la tranquillité», avait un jour confié Jesus Blancornelas.

Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.

Rédacteur en chef :Jean-Philippe Cipriani

   

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