Quebecor en croisade contre le financement public des arts
Un mois après la chroniqueuse Nathalie Elgrably-Levy du Journal de Montréal, l'animatrice Krista Erickson de Sun News s'attaque, elle aussi, au financement public des arts. Elle s'en est prise, la semaine dernière, à la danseuse étoile Margie Gillis dans une interview explosive qui s'est répandue sur la toile comme une traînée de poudre.
Éloge à l'ignorance
Le chroniqueur Richard Therrien du Soleil écrit: «Agissant en véritable greluche et d’une arrogance incroyable, Mme Erickson crie et parle par-dessus les réponses de son invitée de la façon la plus cavalière. Elle ne s’adresse ni à un criminel ou à un politicien qui a fraudé, elle s’adresse à une artiste qui a eu une brillante carrière et fait honneur aux Canadiens partout dans le monde.»
L'animatrice s'est livrée à un
lynchage en direct de Margie Gillis parce qu'elle a reçu,
personnellement ou par le biais de sa compagnie, 1 200 000 dollars de
fonds publics au cours des 13 dernières années. Dans la même
veine, Nathalie Elgrably-Levy écrivait le mois dernier dans le
Journal de Montréal que l'État dilapide l'argent des
contribuables pour financer la culture, une activité pourtant non
rentable.
«Cette dénonciation du soutien étatique à la culture, un des leitmotivs de la droite, dénote une pauvreté intellectuelle assez inquiétante», note le chroniqueur de Rue Frontenac Patrick Gauthier. Le chroniqueur Marc Cassivi de La Presse dénonce lui aussi l'«inculture» de Krista Erickson et questionne son professionnalisme:
«Pourquoi mener une entrevue serrée avec des politiciens qui doivent rendre des comptes à des électeurs sur des questions d'intérêt public quand on peut condamner publiquement une danseuse dont le «crime» est d'avoir été soutenue depuis 39 ans, selon les règles de l'art, par des organismes pourvoyeurs de subventions comme le Conseil des arts du Canada?»
L'arroseur arrosé
Ce tir groupé intervient alors que, peu avant la campagne électorale, le gouvernement conservateur a annoncé une diminution de 4,5 % des investissements en culture pour la prochaine année fiscale. Depuis leur arrivée au pouvoir, les conservateurs ont multiplié les attaques contre les artistes et mis la hache dans leur financement. 58% du budget de Patrimoine Canada est aujourd'hui destiné à la culture, contre 66% sous les libéraux.
Patrick Gauthier rappelle pourtant que le groupe Quebecor, propriétaire du Journal de Montréal et de Sun News, touche sa part d'aides publiques à la culture. En 2010-2011, 7 Jours, Échos Vedettes, Le Lundi et TV Hebdo, des revues consacrées à l'actualité artistique et culturelle, ont en effet reçu 2 millions de dollars de subventions.
Par le truchement de ses multiples filiales, dont Groupe Livre de Quebecor et Groupe Archambault, le conglomérat tire également profit de crédits d'impôts alloués par la Sodec, rappelle le chroniqueur économique Pierre Duhamel. Quebecor bénéficie aussi des aides du ministère du Patrimoine canadien aux producteurs de plusieurs émissions diffusées sur ses chaînes de télévisions et milite pour toucher davantage de subventions du Fonds canadien des médias financé à 40% par Ottawa.
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Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.
Rédacteur en chef :Jean-Philippe Cipriani


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