Éthique et déontologie
Mon collègue Raymond Corriveau, professeur de communication à l'UQTR et président du Conseil de presse du Québec, soulignait hier, dans une lettre ouverte à plusieurs médias québécois, le fait que 7 radiotélédiffuseurs privés du Québec cessent leur participation au Conseil de presse du Québec.
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À un moment qui semble stratégiquement calculé pour éviter que cette nouvelle ne soit diffusée par d'autres médias, ces médias électroniques annonçaient ne plus vouloir défendre leurs journalistes devant le Conseil de presse, ne plus vouloir répondre aux plaintes des citoyens devant le Conseil et ne plus vouloir contribuer au financement du Conseil.
Concrètement, ça signifie que ces entreprises privées ne veulent plus rendre des comptes ouvertement devant la société québécoise. Or, de mon point de vue, les entreprises de presse ne sont pas des entreprises privées comme les autres. En diffusant des informations, elles ont le devoir de le faire avec rigueur, objectivité, exactitude, équilibre et diversité des points de vue. C'est à ce sujet, entre autres, que le Conseil de presse du Québec prend tout son sens. Il permet à tout citoyen de porter plainte, pourvu qu'il puisse prouver qu'un traitement journalistique ne respecte pas la déontologie reconnue. En répondant aux plaintes, en portant des jugements et en les publiant sur la place publique, le Conseil contribue aussi à l'éducation des citoyens face aux médias et à la responsabilisation des entreprises de presse.
Il est vrai que le Conseil n'est qu'un tribunal d'honneur, une autorité morale sans pouvoir coercitif ou judiciaire qui n'a probablement jamais empêché de dormir les dirigeants de certains médias électronique puissants. Il a ses limites, est perfectible et devrait être renforcé. Mais en 35 ans d'existence, le Conseil a tout de même prouvé que cette formule a du bon. Notamment, parce qu'elle implique dans le processus de prise de décision des citoyens bénévoles, des journalistes et des dirigeants d'entreprises de presse.
Ces radiotélédiffuseurs défendent la décision de se retirer du Conseil en expliquant qu'elles répondent désormais de leurs agissements devant la Conseil canadien des normes de la radiotélévision. Mais cet organisme a été établi par L'Assocation canadienne des radiodiffuseurs. En clair, c'est une forme d'autoréglementation qui écarte presque totalement les journalistes et les citoyens du processus décisionnel relatif au traitement des plaintes du public, ou à tout le moins qui leur donne moins de place. En d'autres mots, c'est comme si les prisonniers d'un établissement carcéral disaient ne pas avoir besoin des gardiens pour faire fonctionner la prison de façon ordonnée et sécuritaire. Ça n'a pas l'indépendance du Conseil de presse, et le Code de déontologie sur lequel se base cet organisme ne me semble pas aussi exhaustif que le guide des Droits et responsabilités de la presse (du Conseil de presse du Québec) et le Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.
Bref, en cette ère où les télédiffuseurs privés généralistes aimeraient pouvoir se financer à même les redevances des câblodistributeurs (payées par les citoyens), et où les télédiffuseurs privés spécialisés le font déjà depuis longtemps, il est dommage qu'ils ne veulent plus rendre des comptes devant ces mêmes citoyens payeurs. C'est assurément une perte de pouvoir pour la société civile.
David Longpré, professeur de communication
Collège Laflèche, Trois-Rivières
Dans un contexte médiatique concurrentiel voulant que chaque nouvelle circule et peut être reprise par une entreprise concurrente rapidement, le journaliste se doit de s’imposer lui-même des réserves et se questionner sur ce qu’il peut et ne peut pas reprendre. Sans quoi, il risque d’en faire les frais.
Alors que les partis politiques québécois font front commun avec d'autres acteurs sociaux afin de ne pas perdre les pouvoirs du Québec au chapitre de l'autorité financière, se déroule une perte de responsabilité très significative dans un autre domaine tout aussi important pour la société québécoise. À quelques minutes des fêtes de Noël, période peu propice à la mobilisation, sept radiotélédiffuseurs privés (Corus, Astral, TVA, Radio Nord Communications, RDS, TQS et MétéoMédia) signalaient au Conseil de presse leur volonté de ne répondre désormais qu'au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR), situé à Ottawa, une organisation établie par l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) et reconnue par le CRTC. C'est plus de 35 ans de collaboration avec le Conseil de presse du Québec qui sont ainsi balayés du revers de la main au profit d'une organisation pancanadienne.
Reportage controversé de la SRC offert à TV5 malgré une révision de l'ombudsman en cours. Les motifs de certains réalisateurs de la Société Radio-Canada (SRC) sont remis en question concernant la diffusion d'un reportage s'attaquant au groupe spirituel Falun Gong persécuté en Chine. Le reportage de l'émission Enquête, Malaise dans le Chinatown, a été refilé à la chaîne française TV5 malgré le fait que l'ombudsman de la SRC étudie le nombre élevé de plaintes dont il fait l'objet, portant sur des accusations aussi sérieuses que l’incitation à la haine.
Les plaintes ont été déposées par des Sino-canadiens, des défenseurs des droits de la personne et par ceux qui sont dépeints dans le reportage. Ils affirment que ce dernier était fortement biaisé contre le Falun Gong et que certains signes indiquent qu'il aurait pu être produit pour plaire au régime chinois.
Dans leur lettre à l'ombudsman de la SRC, l'avocat spécialiste des droits de l'homme, David Matas, et l’ex-secrétaire d'État pour l'Asie-Pacifique et ex-procureur de la couronne, David Kilgour, qualifient le reportage d'«inexact, manipulateur, propagandiste et haineux dans une multitude de façons».
«Ceci est plus que simplement du mauvais journalisme. C'est passer la propagande du Parti communiste et inciter à la haine contre les pratiquants de Falun Gong dans l'ensemble. [Le reportage] mérite la censure de l'ombudsman», indique la lettre.
De son côté, l’association de groupes concernés par les droits de l’homme en Chine, basée à Toronto, China Rights Network, estime que le reportage fait dans le «journalisme à sensation», présente «de l’information déformée» et «minimise ou nie les conditions extrêmes de la persécution» de façon «inquiétante».
Le Conseil de presse du Québec vient de prononcer deux blâmes envers le Journal de Montréal et un envers La Presse.
L'organisme a reproché au Journal de Montréal et à sa journaliste Caroline Roy d'avoir «publié un article basé sur une information inexacte ainsi que pour sensationnalisme». La plainte avait été déposée par la compagnie Unidisc Music à la suite d'un article intitulé Boule Noire dépouillé sur son lit de mort. Aucun jugement n'avait encore été rendu par les tribunaux concernant la succession de George Thurston lors de la publication de cet article. Le journal avait par la suite publié un rectificatif, mais le Conseil a estimé que l'erreur commise, qui attaquait l'intégrité de la plaignante sans avoir effectué les vérifications satisfaisantes, «constitue une grave atteinte à l'éthique journalistique».
FPJQ | La Fédération professionnelle des journalistes du Québec exigera dorénavant de ses membres qu'ils prennent un engagement moral à respecter les règles de leur Guide de déontologie.Cet engagement était jusqu'à maintenant implicite. Il devient désormais plus formel. Cette modification aux règles d'adhésions a été entérinée dimanche lors de l'assemblée générale de la FPJQ, tenue en marge du Congrès annuel qui a réuni quelque 600 journalistes à Québec.
Le respect des règles de déontologie journalistiques est la seule chose qui distingue les journalistes professionnels des autres communicateurs publics, entreprises ou journalistes citoyens. Le respect de ces règles donne à l'information produite par des journalistes professionnels une fiabilité et une qualité supplémentaires par rapport aux autres sources d'information. Ces règles qui s'appuient sur l'esprit critique et la recherche de l'intérêt public ; elles visent la rigueur, le "fair play", l'équité dans le traitement des sources et de l'information, l'impartialité et l'indépendance des journalistes et la retenue devant les tentations du sensationnalisme. La FPJQ va continuer à promouvoir ces valeurs et invite les journalistes du Québec à y adhérer.
Même si un certain nombre de citoyens et de patrons de presse rêvent de faire sans eux, les journalistes n’ont pas encore disparu. Leur nombre a même doublé en 20 ans. Dans cette période de fragilité professionnelle, ils n’ont plus le choix et sont obligés de s’interroger sur leur rôle et leur fonction au sein d’un nouveau type d’entreprise, dans une société elle-même en pleine crise de représentativité. A la fois bien public essentiel de la vie démocratique et bien marchand soumis aux lois du marché, l’information possède un statut ambivalent. Mais au delà des constats perturbants, il est nécessaire de trouver des solutions pour réécrire un contrat social entre une profession et son public. La presse va devoir rapidement faire des choix et assumer ou pas un rôle qui consiste à informer honnêtement, à faire vivre le débat, à aider les citoyens à faire des choix en connaissance de cause. Se regardant peu, elle martèle comme une litanie sa nécessaire liberté, en oubliant souvent ses devoirs et encore plus ses responsabilités.
Marc-François Bernier, Chaire de recherche en éthique du journalisme (CREJ) de l'Université d'Ottawa et auteur de Journalistes , au pays de la convergence: sérénité, malaise et détresse dans la profession (Presses de l'Université Laval)
La convergence des médias d'information pèse lourd sur les épaules des journalistes du Québec, qui n'ont pas toujours l'autonomie qu'il faut pour résister aux commandes de leurs supérieurs, et cela est encore plus vrai pour les journalistes de Quebecor.
Marc-François Bernier, ProjetJ | La récente révision de l'ombudsman de Radio-Canada est un souffle d'air frais qui va peut-être dépoussiérer quelque peu les habituelles relations que les grands médias entretiennent avec les principaux partis politiques. D'une certaine façon, Julie Miville-Dechêne invite Radio-Canada à ne plus être à la remorque des stratégies, voire des caprices des organisateurs politiques dont les intérêts ne sont pas toujours compatibles avec le droit du public à une information diversifiée.
Marc-François Bernier, ProjetJ | « Plusieurs chercheurs et observateurs des médias soutiennent depuis des années que la concentration et la convergence des médias ont des impacts sur la qualité, la diversité et l’intégrité de l’information. Cet ouvrage présente les conclusions d’une vaste enquête principalement auprès de journalistes à l’emploi de Quebecor, Gesca et de la Société Radio-Canada. Autocensure, autopromotion, détournement de la mission de service public du journalisme afin de satisfaire la soif de profit des actionnaires, malaise, voire détresse professionnelle, sont au programme. Il ressort de cette radiographie que les journalistes aimeraient faire un meilleur travail, mais qu’ils sont souvent empêchés, non par les lois, les annonceurs ou la partisannerie politique, mais par leur propre entreprise de presse. Pour la première fois, nous pouvons dresser le portrait des opinions et des attitudes des journalistes professionnels qui oeuvrent dans les grands conglomérats médiatiques du Québec ».
On peut ajouter que l'ancien premier ministre Bernard Landry signe une préface qui favorise « une certaine révision réglementaire et législative en particulier par rapport à la concentration qu'il faudrait mieux réguler sans annuler pour autant les aspects positifs qu'elle comporte ». Il ajoute que « Les entreprises privées de presse devraient elles-mêmes amorcer solidement, comme certaines l’ont déjà fait, des efforts de codification éthique beaucoup plus élaborés et mieux connus du public et s’engager carrément à ne jamais sacrifier le devoir d’une information de qualité à l’intérêt des leurs actionnaires ou à la recherche d’influence indue, politique ou idéologique.»
Finalement, il écrit « Les syndicats devraient s’imposer le même genre de devoir que les patrons et songer, sans renoncer à l’idéal et aux actions syndicales classiques, à se tourner vers des approches plus « corporatistes » dans le bon sens du terme, c’est-à-dire songer à un type d’ordre professionnel qui protégerait ses membres mais aussi les intérêts du public et des individus desservis ».
L'introduction du livre disponible ici, en format pdf.

Le ProjetJ est une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien en partenariat avec des universités et institutions reconnues oeuvrant dans le domaine du journalisme.
Rédacteur en chef :Jean-Philippe Cipriani
ProjetJ
| Prix du président 2012 | |||
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| Les grands prix du journalisme indépendant 2011 Anne Caroline Desplanques | |||
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