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  06  / 09  / 10
Médias : pas de crise au Québec La consultante et blogueuse en marketing Internet et stratégie Web Michelle Blanc affirme sans l’ombre d’un doute que «la situation des médias écrits, nommément les journaux, n’est pas dramatique au Québec».

Un point de vue qui détonne au moment où le spectre d’une mort annoncée s’allonge sur la profession. Cela dit, même si les perspectives se profilent à la baisse, l’analyste demeure confiante «le journalisme existera toujours parce qu’il va se transformer».

Pour Michelle Blanc, qui est à même de comprendre le sens du mot «transformation», le concept ne semble pas représenter autant d’appréhensions. Du moins, pas autant que ceux qui évoluent dans le métier et qui sentent que le bateau prend l’eau, dans une mer agitée et par un soir de tempête.

«Au Québec, comme pour le reste des phénomènes Web, nous sommes souvent deux ans en retard. Même nos chicanes blogueurs/journalistes se font avec un décalage du reste du monde. Ça nous offre l’avantage d’apprendre des erreurs des autres, mais disons que pour l’innovation, on repassera», indique Michelle Blanc. Ceci dit la radio n’est pas morte avec l’arrivée de la télé.

À ce chapitre d’ailleurs, l’histoire de la radio, qui subsiste toujours, est-elle garante de l’avenir? Et si oui, que faut-il en espérer? Oui, la radio existe toujours. Son rôle a toutefois considérablement changé et que le temps d’antenne réservé à l’information et aux nouvelles a régressé. Sa nature a muté, principalement, en une courroie de divertissement et d’accompagnement, et non plus comme une source d’information de première ligne. L’instantanéité de la radio, sa légèreté et sa rapidité d’exécution sont aujourd’hui tributaires des rédacteurs et des chaînes continues. Son processus a été ralenti par les fenêtres d’automation et les rendez-vous à heures fixes et les salles de nouvelles radios ont été décimées.

Cette réalité, Michelle Blanc la reconnaît. «Il ne faut pas non plus être dupe et croire que les bouleversements majeurs qui affectent la presse mondiale nous épargneront de son grand nettoyage», précise-t-elle.

À ce constat, s’ajoute une notion générationnelle de réalisme, «les jeunes vieillissent et ils ne commenceront pas à faire ce qu’ils ne font pratiquement pas, c’est-à-dire lire les journaux. Et les vieux, vont éventuellement prendre leur retraite et c’est triste à dire, mais ils vont mourir. Je doute que leurs héritiers demandent pas à ce qu’on paie un abonnement au journal préféré de son aïeul à titre de plaisir d’outre-tombe. La version papier risque de devenir de moins en moins pertinente et elle est déjà peu écologique et nous coûte une fortune en frais d’enfouissement et de récupération», soutient Michelle Blanc.

Ces derniers arguments viennent rejoindre un autre débat, celui de l’Union des municipalités du Québec et de la Fédération québécoise des municipalités qui réclament que les pollueurs paient et assument tout le cycle de vie de leurs produits. Les médias – ceux qui produisent des journaux en particulier – sont directement visés. La question a d’ailleurs été débattue au début du mois d’octobre à Montréal, à l’occasion de la Conférence sur la responsabilité élargie du producteur, où sont conviés des centaines de délégués de l'industrie, des gouvernements et des dirigeants de programmes de responsabilité implantés en Amérique du Nord et en Europe.

En vertu du Règlement sur la compensation pour les services municipaux, fournis en vue d'assurer la récupération et la valorisation de matières résiduelles, Québec avait statué, avec les représentants des médias écrits, d'une compensation annuelle de 1,3 millions $ libérée en espace publicitaire pour promouvoir la collecte collective. Ce montant est aujourd'hui considéré nettement en deçà des coûts réels générés par la quantité de journaux qui aboutissement dans les centres de tri et qui représentent, selon les données de la FQM, 80 pour cent des matières acheminées. La facture engendrée serait de 20 millions $ par année pour l'ensemble des villes du Québec.

Il s’agit d’une tuile supplémentaire pour un secteur qui ne se cherche pas de dépenses et qui forcera, peut-être, une accélération du virage numérique amorcé. Ceci dit, pour Michelle Blanc, tout n’est pas si sombre. «Je ne crois pas que The Economist disparaisse et je prédis que les gens seront prêts à payer pour de l’actualité fouillée. Pour le reste, Reuter, AFP PC et les autres feront leur boulot», conclut-elle.

*Photo  : Siqueiros, Palacio de Bellas Artes, Mexico, Mx
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