Débat houleux entre Michèle Ouimet et Richard Martineau

Nouvel épisode dans la guéguerre à laquelle se livrent régulièrement les chroniqueurs du Journal de Montréal et de La Presse. Depuis quelques jours, Richard Martineau et Michèle Ouimet utilisent leur tribune pour critiquer mutuellement leur couverture des événements tragiques qui ont endeuillé Paris au début du mois.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

L’affaire démarre mercredi dernier avec un premier texte de Richard Martineau sur son blogue du Journal de Montréal, dans lequel il estime que la France n’a pas tiré les leçons de la fusillade de Charlie Hebdo et des autres morts qui s’en sont suivies. Mais aussi que «c’est guère mieux au Québec».

Il reprend alors une citation de Michèle Ouimet, analysant que si Charlie Hebdo unit aujourd’hui les Français, l’hebdomadaire satirique a aussi exacerbé les tensions et les frustrations. Position qu’il juge «minable».

«Tant que les gens vont se mettre à plat ventre comme la journaliste de La Presse, on n’en sortira pas…», conclut le chroniqueur.

À voir la réponse de l’intéressée hier, il semblerait que la critique ait fait mouche. Dans une chronique intitulée Je suis Charlie, mais surtout pas Martineau, Michèle Ouimet écrit: «Martineau n’argumente pas, il enligne les injures et déforme les écrits. Il manque de faits, de terrain. C’est ce qui arrive quand on fait du journalisme de salon.»

Réponse du dit journaliste de salon le jour même, toujours sur son blogue: il reproche aux journalistes de La Presse dans leur ensemble de ne pas appeler un chat, un chat, à savoir, un islamiste, un islamiste et un fanatique religieux, un fanatique religieux. Avec ce post-scriptum:

«Et en passant, J’ÉTAIS à Paris. Chose que vous sauriez si vous m’aviez lu…»

Attaques personnelles

Un règlement de compte par tribunes interposées qui agite le milieu journalistique depuis hier. Publiant le texte de Michèle Ouimet sur sa page Facebook, Marie-Claude Ducas, ex-rédactrice en chef d’Infopresse devenue journaliste indépendante et chroniqueuse au Journal de Montréal, fait remarquer que ce débat houleux intervient alors même que nous, journalistes, passons notre temps à faire des reportages sur le terrorisme et les conflits dans le monde, avec en point de mire cette question: comment se fait-il que ces gens sont à ce point-là incapables de s’entendre?

De con côté, Benoit Giguère, directeur principal design, interactivité et expérience usager à La Presse, estime, toujours sur Facebook, que pour s’attaquer à Michèle Ouimet, il faut être d’une autre catégorie que Richard Martineau.

«Cette femme est respectée à travers le pays pour son courage, son professionnalisme et l’excellence de son écriture, publie-t-il. Je cherche encore qui pourrait au Québec donner des leçons à cette femme d’exception. Monsieur Martineau a définitivement fait la preuve de toute sa désolante médiocrité.»

Minable, médiocre, journaliste de salon… bref, pas mal d’attaques personnelles.

«Et c’est là que je peux entrevoir un problème éthique, commente Marc-François Bernier, professeur au département des communications de l’Université d’Ottawa. J’y vois plus un combat qu’un débat, il y a des procès d’intention. Est-ce que ça intéresse le lecteur? Je ne crois pas. Ce n’est pas très éclairant, sauf pour celui qui cherche à se positionner et qui se demande à quel chroniqueur se fier.»

Pas de faute déontologique

Cette mise au point faite, le professeur Bernier affirme cependant qu’il préfère toujours le débat au silence.

«Ce sont des journalistes d’opinion, ils ont donc toute la liberté de choisir leur sujet et le ton. Est-ce qu’il y a un manque de respect, de courtoisie? Sans doute. Un manquement éthique, non. Je trouve ça important que les médias se surveillent mutuellement, surtout dans le contexte d’hyperconcentration que nous connaissons au Québec.»

Un avis partagé par le Conseil de Presse. Ainsi, par voie de courriel, le directeur des communications Julien Acosta écrit que ni lui, ni le secrétaire général Guy Amyot, ne voient dans ce débat une question qui relève de la déontologie.

«En se répondant, Martineau et Ouimet continuent à entretenir un débat qui est certainement d’intérêt public, estiment-ils. Était-ce nécessaire de personnaliser ainsi le débat? Bien sûr que non. Est-ce une faute déontologique de l’avoir fait? Non plus. C’est aux lecteurs et lectrices de juger de l’attitude qu’ont adopté les deux chroniqueurs dans cette affaire.»

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